Alaskan Mont McKinley, Alaska, Etats-Unis

18/06/2013

Jeudi 13 juin : Repos ... on fait le plein

Une fois les rafales de la matinée tombée, les têtes encapuchonnées sortent des tentes pour humer l'air frais. Certaines viennent aux nouvelles, d'autres essaient de tendre l'oreille depuis le fond de leur duvet. Les infos données par le routeur météo sont plutôt bonnes ce matin : la fenêtre météo se confirme, avec un temps qui se dégagerait dès demain et resterait au beau fixe le week end, et un vent maîtrisé aux alentours de 40 km/h sur le sommet.

Alex va se dégourdir les jambes jusqu'à 4800 mètres, j'en profite pour flâner et fignoler quelques détails pour notre départ de demain pour le camp 4. Sur radio camp 3, pas grand chose de nouveau, hormis que l'équipe de ski sponsorisé par North Face et épaulée par Conrad Anker (alpiniste américain) et John Krakauer (auteur/alpiniste américain, ayant écrit notamment "Into Thin Air" et "Into The Wild") sont arrivés au camp. Je croise l'un des membres, qui comprend que je suis français. Cela tombe bien, je dois connaître son pote qui habite les Pyrénées, un certain "Xavier De Le Rue" (snowboarder bayonnais multiple champion du monde). Le monde des champions est en fait un village.

Vendredi 14 juin : 5h30 de grimpe du camp 3 (4330m) au camp 4 (5245m)

Cela fourmille au Camp 3, tout le monde (plus d'une cinquantaine de grimpeurs) s'agite au ralenti dans l'espoir de fouler le sommet du McKinley demain. En attendant, il faut grimper au camp 4 : remonter le Headwall par les cordes fixes, puis jouer aux funambules sur la West Buttress, une arête neigeuse d'un kilomètre, et qui parfois ne fait pas plus de 30 centimètres de large. Il y a du "gaz" en prévision, on est prêt à serrer les fesses, même si le vent semble être en berne aujourd'hui.

Avec Alex, nous vérifions la solidité des liens qui nous attachent (pas de second degré là-dedans, car pour le reste, plus le temps de se poser des questions). Baudrier serré, corde de 30m et 8mm nous reliant, noeud de 8, brins de corde, sangle, mousquetons, dégaines, broches à glace, poignée d'ascension et autres grigris à portée de main : cela m'a toujours fait sourire de voir les alpinistes et autres grimpeurs harnachés comme des cosmonautes soviétiques. L'illusion de la sécurité procurée par le surcroît d'équipement, cela tue l'essence même de l'aventure. Mais aujourd'hui, je m'y suis conformé. Dure vie, où jeune on ne rêve qu'à s'ouvrir, à se libérer des chaînes et à s'imprégner de l'infini du monde, et où plus vieux on ne pense qu'à s'enfermer, se rattacher à des choses connues et à s'entourer de fausses sécurités. J'ai dans la tête une des formules de mon ami Kaji Sherpa : "Les deux seules choses dont tu as besoin en montagne sont un coeur fort et un pied sûr". Sage homme. Il y a des esprits équilibrés dans des corps qui le perdent doucement, l'espoir est donc là.

Samedi 15 juin : 11h de grimpe, aller retour du camp 4 (5245m) au sommet du McKinley (6194m)

C'est bizarre, je ne ressens rien de comparable à ce que j'ai éprouvé lors d'attaques d'autres montagnes. J'ai le souvenir de nuits courtes et agitées, remplies de rêves du moment magique où je poserai le pied sur le sommet, et de réveils sur les chapeaux de roue, comme une Ferrarri trop longtemps laissée au garage et qui n'aspire qu'à avaler de la route.

Je me réveille donc, reposé après une bonne nuit, à peine altérée par les effets de l'altitude. Aucune envie de me presser, même les volutes de neige qui volent au dessus du Denali Pass et le froid glacial qu'elles annoncent n'ont pas de prise sur moi.

7h30 plus tard, la traversée engagée sous le Denali Pass est loin derrière nous, les vents sont tombés, le soleil a chassé les nuages, l'arête de la West Buttress s'est considérablement élargie jusqu'au Football Field, un replat assez large pour accueillir un bush plane, le dernier raide mur a été avalé, l'arête sommitale parcourue avec un pas léger et aérien. J'atterris en douceur sur le sommet du Denali, suivi par mon compagnon de cordée.

Tout est dégagé, la vue est exceptionnelle quel que soit le côté on tourne la boussole. Et puis soudainement je vois la vague blanche se lever, frémir d'écume, elle cavale au dessus des nuages ... elle m'aspire et me submerge. Le sentiment est puissant et m'envahit : je suis heureux d'être là, à 6194 mètres d'altitude. Un sentiment plein, pur. Je suis plus qu'au sommet de l'Alaska, je fais désormais partie de cette terre sauvage, que j'ai parcouru dans sa largeur, sa longueur et sa hauteur pendant 3 mois d'aventures. Je suis Alaskan.

Dimanche 16 juin : 3h de descente, du camp 4 (5245m) au camp 3 (4330m)
Lundi 17 juin : 5h30 de descente, du camp 3 (4330m) au camp 1 (2375m)
Mardi 18 juin : 3h de descente, du camp 1 (2375m) au camp de base (2200m)

Descente en 3 jours des pentes du McKinley, sans se presser car rien ne nous attend en bas, hormis des litres de bières et des livres de boeuf. Et ils ne risquent pas de s'enfuir. Le soleil est provençal, la fonte des neiges du glacier s'est accélérée ces derniers jours, découvrant de multiples crevasses et des ponts de neige sur notre route. On marche de nuit, pour éviter de passer au travers d'une neige trop molle. Parfois il faut sauter au dessus des gouffres béants, aisé pour nous, beaucoup moins pour nos luges à peine plus légères qu'à l'aller. Mardi, 10h, nous embarquons dans le coucou de Talkeetna Air Taxi. Il n'y a maintenant "plus que quelques heures" ... je crois avoir déjà entendu ce refrain.

Jéjé

Pris sur le vif

Déjà parcouru

     1186 km      17053 km
     168 km      232 km
     6342 m (6)


Où sommes nous ?


Date : 13/08/2014
Lieu : Saugnac et Cambran, France
Déplacement : Repos
Direction :

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