Noticias do Mundial (1) Taquara, Brésil

17/06/2014

Alors que le Mundial du Brésil démarre, on est encore dans les vestiaires uruguayens, à pousser fort sur les pédales afin d'arriver à temps à Porto Alegre et encourager les Bleus pour leur premier match.

Jeudi : Brésil 3 - Croatie 1
Bar le Trueno, La Pedrera, Uruguay. Le vent souffle onshore, les surfeurs fartent leur planche en se recoiffant une pelure peroxydée. Personne à l'eau aujourd'hui, il faudra attendre des courants d'air contraires. Le patron du seul bar ouvert a rameuté tous ses potes en short à fleur, ils s'installent dans les canapés pendant que le Brésil se fait prendre en contre par la Croatie. Du coup, les locaux fêtent ça en roulant un joint, Berga s'arrache les bronches en croyant au mélange inoffensif, Jéjé avale sans broncher. Egalisation de Neymar, ça va vite quand même chez les Auriverde. Et puis ce sacré pénalty où tout le monde hurle au scandale, merde c'est quoi ce cirque, les Brésiliens n'ont pas besoin de ça ... ou peut être un peu, car les Croates sont sacrément accrocheurs. Le patron a lâché prise, il est sous la barre de muscu, les autres le rejoignent et entament un combat de boxe. On se regarde interloqué avec Berga, on en déduit que cela doit être le second effet du bédo. Nous on va déboucher une bouteille de vin uruguayen, c'est pas le vin chilien, mais bon on n'a pas sorti les vélos aujourd'hui, on ne mérite pas bien mieux.

Vendredi : Espagne 1 - Hollande 5
Salon de l'auberge El Indio, Punta del Diablo, Uruguay. Au bout de nos 100 km de bicyclette du jour, on arrive juste à temps pour voir l'Espagne marquer sur un pénalty ... justifié celui-là. Je crois qu'on partage avec tous les peuples du monde un sentiment de révolte et de résistance face à ceux qui ont le pouvoir et les titres, et qui en jouissent sans partage. Alors quand à partir de la 45è minute la Hollande enchaîne les buts comme des perles dans le collier ibérique, on sourie tous bêtement. Notre voisine de fauteuil, d'origine espagnole, se désole d'avance des explications que devra fournir Casillas face à la presse de son pays. Mais nous (hormis Berga, qui supporte le peuple espagnol en crise ... et donc ses footeux), on s'embrasse, on se tape sur l'épaule. Au diable l'Espagne, Roben et Van Persie sont acclamés, au diable s'ils sont imbuvables, on n'aime que les champions qui tombent et ceux qui les aident à trébucher. De toute façon, ici cela fait longtemps qu'on a oublié ses origines castillanes, seuls les "frères" argentins ont encore les faveurs des gauchos uruguayens. Par la fenêtre de l'auberge la lune se lève au dessus de l'Océan, les vagues se creusent dans sa lumière pâle. Magnifique.

Samedi : Pas de match
Appartement de Julian, Pelotas, Brésil. Pendant que l'Uruguay se fait étriller 3-1, nous on discute voyage à vélo avec Julian, qui a des tonnes de chose à dire et à demander. Une vraie radio le Julian, cela doit être pour cela qu'il n'a pas de télé dans l'appart. Il a bien raison d'ailleurs ... mais bordel, c'est quand même la Coupe du Monde, au Brésil en plus. Il va falloir se faire à l'idée qu'on ne danse pas la samba et qu'on n'a pas l'oeil collé sur son téléviseur dans toutes les casas du pays, cela se voit au bord des routes, une bonne partie de la population n'a pas forcément la tête à faire la fête, trop de luttes à mener pour améliorer leurs conditions de vie.

Dimanche : France 3 - Honduras 0
Fan Fiest de la FIFA, Porto Alegre, Brésil. En vrais fans, on a lâché nos vélos et on a fait 500 km en bus depuis la frontière pour rallier Porto Alegre et le premier match de l'Equipe de France. Pas de billets pour le match, mais on est face à un écran géant installé au bout d'une immense pelouse, à 500 mètres du vrai stade. L'hymne national ne démarre pas, une panne de son dit Juninho, qui commente le match pour la télé brésilienne. Il y a du public sur la pelouse même si on n'est loin de la foule d'il y a 3 jours pour le match d'ouverture. 80% de possession de balle pour nos Bleus, les gars du Honduras courent après l'ombre du ballon. Pendant ce temps-là, la bière coule. Benzema finit par s'imposer comme le sauveur de la nation, quelques poings et un drapeau français se lèvent sur le gazon. Les Brésiliens ne regardent eux que le beau jeu, applaudissent du bout des doigts et trouvent finalement qu'on se débrouille pas trop mal. Julio, à nos côtés lors du match, nous fait deux fois plaisir : en nous proposant de nous héberger chez lui, ce qui nous évite de finir la nuit dans les motels-bordel de la route appelés suggestivement Hot, Pimiento ou Toro. Et puis en nous disant qu'il verrait bien l'équipe de France dans le carré final de la compétition. En fait comme nombre de ses compatriotes, il caresse le rêve d'une finale revanche, où le Brésil laverait l'affront de la finale de 1998.

Lundi : Ghana 1 - Etats-Unis 2
Maison de Junior, Canoas, Brésil. On enchaîne les journées de vélo courtes, 3 à 4 heures, histoire d'être au pit pour le match de l'après-midi. Aujourd'hui, c'est la partie entre le Ghana et les Etats-Unis qui nous intéresse. Chez Junior Joanides la télé ultraplate fait au moins 70 centimètres, et elle est branchée sur le bon canal. Les Etats-Unis mettent énormément de pression deux fois une minute dans le match, le temps de mettre un but à chaque fois. Nous aussi on a de la pression, celle faite artisanalement par Junior, des bières brunes, blondes, ambrées, qui coulent dans notre gosier sans discontinuer. Le Ghana essaie de faire courir le ballon, mais les américains sont de vrais bourrins, bons à courir et à défendre, ils le font d'ailleurs plutôt bien. Junior, en plus de la bière, est aussi un expert de la cuisine de son pays : il nous gave d'une feijoada brésilienne, plat mijoté à base d'haricots noirs, de porc et de riz. Un régal, on en oublie nos pauvres Ghanéens, perdus sur un terrain trop grand.

Mardi : Brésil 0 - Mexique 0
Bar Santo Espero, Taquara, Brésil. Le bar est rempli de blondes brésiliennes, pour la plupart fashionnées, pomponnées et retouchées comme toute bonne brésilienne qui se mérite. Filles entre filles, mecs entre mecs. On se croirait au Gigo toulousain un soir de 2006, entre tapas et verres de vin, la plupart du public plus occupé à critiquer la table d'à côté qu'à se concentrer sur le jeu. Drôle de contraste avec notre étape vélo du jour qui nous a fait traverser des favelas et rencontrer une autre frange de la population, qui semblait éprouver beaucoup de difficultés, dont celle de vivre dignement. Comme ces innombrables indigents qui retournent poubelles après poubelles pour récupérer un reste de nourriture, ou cet un ado qui par jeu cruel réveille un clochard à coup de bâtons ... Sur l'écran, le Brésil confirme qu'il devra batailler pour garder la Coupe chez lui. Attaque en mode alternatif, milieu absent, défense erratique. Le Mexique est rugueux, ne gâche aucune occasion de tirer au but, et s'appuie sur un goal en état de grâce. Pendant ce temps là, on trempe les lèvres dans 2 litres de bière, le patron se charge de nous faire la discussion, surpris que l'on se perde ici. On lui explique qu'on essaie de trouver le meilleur bar brésilien de la Coupe du Monde. Ses frites sont bonnes, mais pour l'ambiance survoltée, on va continuer à chercher !

Jéjé

Pris sur le vif

Déjà parcouru

     1186 km      17053 km
     168 km      232 km
     6342 m (6)


Où sommes nous ?


Date : 13/08/2014
Lieu : Saugnac et Cambran, France
Déplacement : Repos
Direction :

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